Le soleil brille, les examens commencent, les vacances approchent... Pas de doute, l'été est bientôt là, avec ses promesses de détente et de plaisirs... mais aussi avec ses menaces et ses dangers. Pour nous-mêmes, insolations, coups de soleil, rhume des foins, mais chez les animaux, il faut également souligner l'augmentation de la fréquence de certaines intoxications.
En effet, avec l'été se profile la perspective de sécheresse, d'herbe rare, et donc pour les animaux au pâturage le risque accru d'intoxications végétales, car les plantes toxiques habituellement délaissées sont consommées faute de mieux. Ce sont des intoxications la plupart du temps difficile à diagnostiquer avec certitude. La symptomatologie est rarement caractéristique et il est souvent délicat de faire le lien entre une plante suspecte et l'apparition de certains troubles, voire même hasardeux d'identifier une plante responsable à partir de quelques symptômes. D'où l'intérêt pour le vétérinaire de posséder quelques solides connaissances de botanique pour identifier le danger dans la prairie...
Mais plantes toxiques et autres mauvaises herbes se font plus rares maintenant que l'agriculteur dispose d'armes efficaces pour les détruire : les herbicides. Attention cependant à ne pas remplacer un danger par un autre parfois plus grand ! Les désherbants, lorsqu'ils sont mal utilisés, représentent une source non négligeable d'intoxications. Trois produits se distinguent par leur toxicité élevée : le chlorate de soude, le paraquat et le DNOC (la vente et l'utilisation de ce dernier sont maintenant interdites mais il s'écoulera sans doute un certain temps avant que les bidons déjà vendus ne soient bien vides…). Leur usage a cependant nettement diminué depuis quelques années, pour laisser la place à d'autres familles plus récentes, beaucoup moins toxiques, mais toujours dangereuses en raison de leur large emploi et du manque de précaution qui accompagne leur apparente innocuité. Aujourd'hui, environ 150 matières actives herbicides sont disponibles à la vente en France, et plus de 900 présentations commerciales sont sur le marché ! Ce qui explique que les suspicions d'intoxication par les herbicides aient représenté à elles seules 12 % des appels reçus au CAPA-Ouest en 1999.
De plus, les risques présentés par les herbicides dépassent le seul problème des intoxications animales. Se pose également de plus en plus souvent le problème de la pollution de l'environnement par ces produits. Disparition d'espèces végétales indésirables pour l'agriculteur mais précieuses pour le promeneur, voire un jour pour la recherche médicale, et surtout pollution de nos ressources en eau. L'atrazine, désherbant majeur du maïs, est particulièrement en cause, mais si l'on cherche bien, on retrouve dans nos rivières de nombreux autres herbicides, en particulier le diuron, la benzatone, le mecoprop, le dicamba, l'alachlore... La lutte contre cette pollution diffuse s'annonce bien difficile, d'autant plus qu'elle met en cause non seulement l'usage agricole mais aussi l'entretien des espaces verts des communes et l'emploi par les jardiniers amateurs.
Avant la canicule, les nuages sont encore là pour arroser les cultures et le jardin,...pour la plus grande satisfaction des limaces et des escargots. Attention donc au danger des molluscicides. Quatre matières actives sont aujourd'hui disponibles : métaldéhyde, bensultap, méthiocarbe et thiodicarbe. La symptomatologie de l'intoxication est très voisine pour ces différentes toxiques alors que le traitement est différent, d'où un certain embarras pour le vétérinaire quant à la conduite à tenir si le produit en cause et inconnu...
Maintenant qu'il fait beau, n'est-ce pas le bon moment pour repeindre les volets? Ayons alors un œil très vigilant sur les produits nécessaires. Les pots de peinture bien sûr, mais surtout les produits de traitement et les solvants que l'on utilise conjointement, xylophène, white spirit, essence de térébenthine... Ces hydrocarbures sont particulièrement dangereux pour le chat, qui est attiré par leur odeur et peut avoir envie d'y goûter...
Quittons la maison et le jardin pour aller faire un tour au bord de la mer, mais ne croyons pas pour autant nos animaux à l'abri : chaque été des chiens assoiffés se désaltèrent dans l'océan, et l'intoxication par le chlorure de sodium qui en découle peut se révéler mortelle. Le bain n'est pas non plus sans risques si l'on pense à l'envenimation par les méduses, source de douleur locale et parfois même d'un état de choc.
Mais après tout, il vaut peut-être mieux rester dans l'eau, car les animaux venimeux sont plus souvent en cause sur la terre ferme: envenimation par les crapauds ou piqûres d'hyménoptères fréquentes chez le chien qui cherche à attraper les guêpes, mais aussi chez le cheval car les abeilles ne supportent pas l'odeur de sa sueur. Et bien sûr n'oublions pas les morsures de vipères, impressionnantes mais heureusement rarement mortelles.
Je m'en voudrais d'assombrir les perspectives d'un joyeux été par ces inquiétantes mises en garde. De bonnes nouvelles aussi, nous n'avons plus à craindre les intoxications par l'antigel ou par le monoxyde de carbone, l'emploi des raticides se fait plus rare... Allons, l'été n'est pas si risqué !
Martine KAMMERER
Centre AntiPoison Animal de l'Ouest
(CAPA-Ouest 02 40 68 77 40).